Et puis parfois, tout s’éclaire avec une simplicité désarmante.
« Savoir, penser, rêver. Tout est là. »
Victor Hugo
Derniers mots de la préface du recueil "Les Rayons et les Ombres", publié en 1840
Trois verbes.
Juxtaposés.
Simples.
Et pourtant, d’une redoutable précision.
Ces mots résonnent comme une synthèse intemporelle de ce que devrait être, au fond, toute démarche de design digne de ce nom.
Savoir : la base sans laquelle le design n’est qu’un décor
Le design commence par le savoir.
Savoir, c’est la maîtrise des méthodes.
C’est l’analyse des données.
C’est la compréhension fine des usages, des contextes, des contraintes.
Sans savoir, le design se réduit à une esthétique de surface.
À une décoration séduisante mais creuse.
À une exécution mécanique, appliquée, mais déconnectée du réel.
Le savoir ancre la démarche.
Il permet de comprendre avant d’agir.
Il donne au designer, et à l’équipe projet, la légitimité de ne pas répondre trop vite, de ne pas céder aux évidences.
Dans une démarche de design, le savoir n’est pas un préalable figé.
C’est une matière vivante, qui se construit, s’enrichit, se confronte au terrain.
Penser : là où le design devient un acte stratégique
Mais le savoir seul ne suffit pas.
Penser, c’est prendre du recul.
C’est questionner ce qui semble aller de soi.
C’est accepter que la friction, parfois, enrichisse l’expérience au lieu de la dégrader.
Penser, c’est refuser les réponses automatiques.
C’est assumer la complexité plutôt que la masquer.
C’est faire du design un acte de discernement, pas seulement de production.
Sans penser, le design devient une productivité froide.
Une course à l’optimisation qui oublie le sens.
Un empilement de solutions qui répondent à des problèmes mal posés.
Penser, c’est là que le design rejoint la stratégie.
Là où il ne s’agit plus seulement de faire, mais de choisir.
Choisir ce qui mérite d’exister.
Choisir ce qui doit être simplifié… ou au contraire rendu plus riche.
Rêver : ce supplément d’âme qui transforme l’usage en expérience
Et puis il y a le troisième verbe.
Celui qu’on relègue trop souvent au second plan.
Rêver.
Rêver, ce n’est pas fuir la réalité.
C’est ouvrir la porte à l’intuition, à l’émotion, à l’imprévu.
À ce petit supplément d’âme qui transforme un parcours fluide en expérience mémorable.
Sans rêver, le design devient fonctionnel… mais oubliable.
Efficace… mais interchangeable.
Correct… mais sans relief.
Rêver, c’est autoriser l’audace.
C’est accepter une part d’incertitude.
C’est reconnaître que les décisions qui marquent ne sont pas toujours celles que les tableurs peuvent justifier.
Dans une démarche de design, rêver n’est pas l’opposé de la rigueur.
C’en est le complément indispensable.
Une démarche de design n’est pas un camp à choisir
Aujourd’hui, les débats autour du design sont souvent polarisés.
Méthode contre intuition.
Business contre sens.
Data contre émotion.
Comme s’il fallait choisir un camp.
Or, Savoir, Penser, Rêver ne s’opposent pas.
Ils se tiennent ensemble.
Ils s’équilibrent.
Retirez-en un, et tout s’effondre.
Sans savoir, le design perd sa crédibilité.
Sans penser, il perd sa profondeur stratégique.
Sans rêver, il perd son humanité.
Tout est là
Peut-être que comprendre le design ne nécessite pas toujours plus de cadres, de labels ou de définitions.
Parfois, il suffit de revenir à l’essentiel.
À ces verbes fondamentaux qui traversent le temps.
Et qui rappellent que le design n’est ni un livrable, ni une méthode, ni un style.
C’est une démarche.
Une posture.
Une manière d’aborder le réel avec exigence, lucidité… et imagination.
Finalement, Victor Hugo avait peut-être déjà tout dit.
Savoir. Penser. Rêver.
Tout est là.


